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Psychologie du collectionneur (morceaux choisis)

Une compilation puissante signée Gilles Thibault.

Cette page,  lien: http://pages.infinit.net/cabinet/elsner.html ,

d'origine canadienne, est une intéressante compilation de synthèses,

sans synthèse globale (est-elle possible ? je ne le pense pas),

signée Gilles Thibault, (certains textes sont traduits de l'américain)

Ces extraits sont d'une grande richesse car ils regroupe des morceaux choisis remarquables,

sur le sujet qui nous occupe: la collection.

vous trouverez différents aspects du comportement psychologique et des motivations des collectionneurs,

à vous choisir votre cas et d'approfondir.

Et vous ne manquerez pas de noter que Sigmund FREUD, le père de la psychanalyse, était lui aussi atteint par le virus de la collection. Que Noé, aurait été le premier collectionneur (un couple de tous les animaux dans l'arche).

En ce qui me concerne je trouve que le paragraphe consacré à Susan Pearce dans  5. Telling objects : a narrative perspective on collecting de MIEKE BAL (cliquer le lien) est le plus synthétique:

Cet auteur invoque les motivations possibles qui nous font collectionner, et je sais que chacun y trouvera celle qui l'arrange le mieux:

    plaisir
    esthétique
    compétition
    risque
    fantaisie
    le sens de la communauté
    prestige
    domination
    satisfaction sensuelle
    prélude sexuel
    désir de restituer les objets
    le rythme plaisant du semblable et du différent
    désir de perfection
    prolongation de soi-même
    réaffirmation du corps
    identité sexuelle
    atteindre l'immortalité

Le lien de cette page: http://pages.infinit.net/cabinet/elsner.html

 

Je ne commenterai pas, dans le texte: Les données qui suivent évoquent souvent des approfondissements extrêmes, qui ne peuvent être commentés à l'emporte-pièce.

premier extrait:
ELSNER, JOHN, CARDINAL, ROGER, The cultures of collecting, Harvard University Press, Cambridge, 1994.

Introduction
4. Une des ambitions des auteurs avec ce livre est de remettre en question l'apparente pertinence des collections canoniques (celles que l'on trouve dans les musées, les collections d'art publiques, etc.) ainsi que les notions de ce qui est beau / laid, de ce qui doit être gardé en mémoire / de ce qui doit être jeté qui leurs sont liées. Les auteurs se demandent si l'étude des seules collections officielles permet de bien comprendre le phénomène des collections. C'est pourquoi les exemples qu'ils ont réunis dans ce livre sortent des normes officielles. Exemple : ils s'intéressent autant aux excentriques, qu'aux conformistes : Exemples : les collections de John Soane, Charles Willson Peale, Kurt Schwitters, Sigmund Freud, Robert Opie.

1. Il y a plusieurs remarques intéressantes dans cette introduction. En voici quelques unes : Noé aurait été le premier collectionneur. Sa collection était cruciale : tout ce qu'il n'allait pas prendre en double (pour la reproduction : un mâle et une femelle) avec lui allait périr. Il est le seul de tous les collectionneurs à avoir amassé les séries complètes (selon le mythe de la Bible). Il représente le cas extrême du collectionneur : il éprouve l'urgence d'ériger un système permanent et complet contre l'aspect destructeur du temps : désir et nostalgie, sauvegarde et perte sont des caractéristiques communes à tous les collectionneurs selon les auteurs, et on les retrouve également chez Noé.

L'existence des objets est primordiale aux collections. La désignation, nommer les choses précèdent leur classification. Et la classification précède la collection.

2. La science de la classification est le miroir de nos idées : ses changements à travers les époques sont les meilleurs guides de l'histoire des perceptions humaines. Et si les classifications sont le miroir des idées humaines, les collections constituent la mise en pratique de ces classifications.

Le monde a dû toujours compter sur ses collectionneurs :

Note perso (Michel Terrier): en langue américaine "collector" signifie collectionneur et collecteur (fiscal) d'où jeu de mot et ambigüité possible.

 

Parallèle entre l'acte de collectionner et le cycle naturel des saisons : rythme dans le ramassage et les dispersions des collections constitue une réplique de la croissance et du déclin des cycles naturels des saisons. La chute de l'Empire romain correspond à la défaillance de la bureaucratie d'amasser les impôts.

L'ordre social appartient lui-même au monde du collectible : il est composé de classifications, de règles, d'étiquettes, d'ensembles et de systèmes : les notions de caste, de classe, de tribut, de famille, de prêtre, de laïque, de privilégié, de pauvre, etc. constituent des cases ou des compartiments dans lesquels on peut placer chaque individu, chaque objet.

Si les gens et les choses peuvent être collectionnés, les dirigeants se situent donc au sommet de la hiérarchie des collectionneurs. Selon cette logique, un empire serait une collection de pays et de population, un pays, une collection de régions et de peuples, chaque peuple est une collection d'individus divisés entre gouvernés et gouverneurs, c'est-à-dire divisés entre objets de collections et collectionneurs. Exemple : au début des temps modernes en Europe, l'autorité séculière collectionnait les esclaves pendant que l'Église collectionnait les âmes...

À la page 3, les auteurs opposent les collectionneurs conformistes (ceux dont les collections correspondent aux critères de leur génération, de leur classe) et les originaux (ceux qui développent le goût pour de nouveaux objets. Exemple : le collectionneur expérimental dont le but peut être de parodier le connoisseurship traditionnel).

 


 

  Deuxième extrait:

1. Le système des objets
JEAN BAUDRILLARD, Paris, Gallimard, 1968.
II. LE SYSTÈME MARGINAL : LA COLLECTION

102. Dans ce texte, Baudrillard propose une explication psychologique des motifs qui poussent à collectionner. Il ne s'intéresse pas au contenu (thématique) des collections mais au système (la systématique pour reprendre ses mots).

104. Selon Baudrillard, tout objet a deux fonctions :
1) être utilisé (pratiqué) : c'est la machine ou
2) être possédé : dénué de fonction ou abstrait de son usage : il prend un statut strictement subjectif : il devient objet de collection. Un seul objet ne suffit pas : c'est toujours une succession d'objets à la limite une série totale qui est le but.

105. L'idée de l'objet-passion est centrale dans l'analyse de Baudrillard. Il débute ce chapitre en citant la définition du mot "objet" du dictionnaire Littré : Tout ce qui est la cause, le sujet d'une passion. Figuré et par excellence : l'objet aimé. À la page 105, il cite Maurice Rheims qui dit à propos de la collection ; "Le goût de la collection est une espèce de jeu passionnel. Baudrillard associe collection et sexualité. Selon lui, la collection serait une compensation puissante lors des phases critiques de l'évolution sexuelle. La collection est chez l'enfant le mode le plus rudimentaire de maîtrise du monde extérieur : rangement, classement, manipulation. La phase active de collectionnement se situerait entre 7 et 12 ans, avant la puberté. Le goût de la collection tend à s'effacer avec la puberté pour resurgir parfois aussitôt après. Plus tard, ce sont les hommes de 40 ans et plus qui se prennent pour cette passion. Selon Baudrillard, la collection apparaît lorsqu'il n'y a pas de sexualité génitale active et elle constitue une régression vers le stade anal qui se traduit par des comportements d'accumulation, d'ordre, de rétention agressive. C'est une activité qui ne vise pas une satisfaction pulsionnelle (comme le fétichisme) mais qui peut être tout autant satisfaisante. L'objet prend le sens d'objet aimé.

D'après Baudrillard, la caractéristique commune des collections c'est leur fanatisme. Selon lui, collectionner des objets (comme avoir un animal domestique) est l'indice d'un échec de la relation humaine : l'objet est pour l'homme comme une sorte de chien insensible qui reçoit les caresses et les rend à sa manière, ou plutôt les renvoie comme un miroir fidèle non aux images réelles, mais aux images désirées.

À la page 111, Baudrillard fait remarquer que l'objet ne revêt de valeur exceptionnelle que dans l'absence: exemple du collectionneur des estampes de Callot dont il ne manque qu'une estampe pour avoir la série complète. Il accorde une valeur exceptionnelle à cette dernière estampe même si elle n'est qu'un de ces moins bons ouvrages.

À la page 113, Baudrillard émet l'idée que collectionner permet de contrôler le temps (passe-temps). Baudrillard fait un lien avec les habitudes et la collection. Les habitudes selon lui sont une façon de marquer la discontinuité dans le temps : "c'est par le découpage du temps en nos schèmes habituels que nous résolvons ce que peut avoir d'angoissant sa continuité et la singularité absolue des événements". Baudrillard pense qu'il en va de même avec les collections : elles aident à maîtriser le monde et à maîtriser le temps en le discontinuant et en le classant sur le même mode que les habitudes.

À la page 116, il poursuit cette idée sur le temps et la rattache aux idées de Freud : l'observation de l'enfant et de la balle qui rebondit (fort - da) = absence - présence de sa mère. Pour Baudrillard, collectionner n'est pas une tentative de survivre dans ses objets après la mort. Il s'agit plutôt de vivre sur un mode cyclique, de contrôler le processus de son existence et de dépasser ainsi symboliquement cette existence réelle et son inexorable fin : la mort.

117. Baudrillard fait un parallèle avec le travail du deuil : "l'objet est..."

À la page 118, Baudrillard traite de l'objet gardé jalousement (séquestré) par le collectionneur. Baudrillard dit que c'est un schème puissant de sadisme anal qui porte à séquestrer la beauté pour être seul à en jouir. Bon. Ok. Baudrillard pose la question suivante : Que représente l'objet séquestré? "C'est sa réclusion qui fait son charme. Ce que le jaloux séquestre et garde par devers lui, c'est sous l'effigie d'un objet, sa propre libido, qu'il tente de conjurer dans un système de réclusion - le même système grâce auquel la collection résout l'angoisse de la mort."

 


 

  Troisième extrait:


3. Identity parades
JOHN WINDSOR
49. L'auteur mentionne tout d'abord que des textes du Veda de l'Inde sont intéressants en rapport aux collections d'aujourd'hui. Il décrit un état ou un niveau particulier de la conscience au cours duquel l'accomplissement de soi est inextricablement lié aux objets : le bonheur et le malheur dépendent de l'acquisition ou de la perte d'un bien. Cet état de conscience est une illusion, une erreur de l'esprit, une ignorance. L'auteur affirme qu'il s'agit d'un état extrêmement désagréable à vivre. Bon, on voit tout de suite où l'auteur se positionne : l'argent et les biens matériels ne font pas le bonheur... Comme c'est le cas dans la plupart des religions, entre autres dans les religions orientales comme le védisme par exemple, on retrouve chez Windsor l'idée de la venue éventuelle d'un monde meilleur. Son monde meilleur en serait un où le niveau de conscience aurait dépassé les velléités matérielles de l'être humain. Il mentionne ensuite d'autres auteur qui ont repéré cet état d'esprit (mais moins bien que le Veda qui offre la meilleure et la plus originale des critiques de cet état de conscience selon lui):
  • R.H. Tanney : The acquisitive Society (1921) : l'attrait inéluctable des objets est le premier déterminant de la condition humaine.
  • Sarat Maharaj : collectionner est le mode principal de notre culture.
  • Martin Kelner : The importance of "STUFF".
  • Susan Pearce : il s'agit de l'analyse psychologique la plus succincte sur l'acte de collectionner selon l'auteur : Pearce a identifié trois formes de collections :

1) systématique
Mise sur pied d'une collection d'objets dans le but de représenter une idéologie (exemple : montrer l'idée de l'évolution en histoire naturelle pour combattre l'idéologie des révolutions).

2) fétichiste
Abstraction des contextes historique et culturel de l'objet par le collectionneur qui redéfinit l'objet selon sa propre vision.

3) collection de souvenirs
Le collectionneur ne tente pas d'usurper l'identité culturelle et historique de l'objet. C'est le motif qui pousse à collectionner que Pearce trouve le plus sain selon Windsor.

Au bas de la page 51, Windsor admet être d'accord avec les trois catégories de Pearce et entend les utiliser dans le reste de son texte pour analyser des cas précis de collections.

64. Windsor décrit ensuite quelques collections fétichistes (reliques et souvenirs d'Elvis, maisons miniatures, montres SWATCH) et il conclut que ce type de collection est en train de perdre de l'ampleur parce que de plus en plus de collectionneurs deviennent conscients de leur ridicule et adoptent une position critique et ironique en collectionnant des objets hors de l'ordinaire (sacs pour vomir dans les avions, papier de toilette imprimé).

66. La troisième catégorie de Pearce (collection de souvenirs) est une façon de collectionner qui démontre cette prise de conscience selon Windsor.

 


5. Telling objects : a narrative perspective on collecting
MIEKE BAL
100.Bal perçoit l'activité de collectionner comme un processus de confrontation entre les objets et l'attitude des collectionneurs eux-mêmes (subjective agency). Et elle considère tout ce processus comme des événements = similitude avec le récit. Elle propose dans cet essai de considérer l'activité de collectionner comme un récit avec un début, un milieu et une fin. En fait, Bal cherche l'histoire cachée derrière l'histoire apparente.

101. Selon elle, le fait de considérer l'activité de collectionner comme un récit permet de se concentrer sur ce qui n'est pas manifeste dans la chronologie. Elle se demande quel est le début d'une collection. Elle cite comme exemple la collection de vases d'un ami. Le premier vase acquis ne constituait pas encore une collection comme tel : il était seulement acheté, donné ou trouvé et gardé parce qu'il était particulièrement intéressant (gratifying). Vu sous l'angle de l'intrigue, la collection l'événement initial (le premier vase) n'est qu'arbitraire, accidentel, subordonné à autre chose. Ce n'est que rétrospectivement, par une manipulation du récit, que ce premier objet devient plus tard considéré comme le point de départ de la collection. Le début de la collection n'est pas constitué par un acte (l'achat du premier vase) mais par le sens qu'on y donne. C'est lorsque le narrateur est conscient qu'il fait une collection et qu'il raconte l'histoire de sa collection (début, historique, etc.) qu'il s'agit d'une collection. Le collectionneur est donc un agent dans ce récit.

102. Entre l'objet et le collectionneur se trouve la question de la motivation, le moteur du récit. Lorsqu'on s'arrête aux raisons qui poussent à collectionner, Bal pense que derrière celles-ci se cachent d'autres récits : c'est toujours son idée que derrière des récits ou des raisons apparentes s'en cachent d'autre plus profondes.

Elle cite les explications de Susan Pearce sur les motivations à collectionner. Ce désir de collectionner est inné à tout être humain depuis la petite enfance selon Pearce (ce type d'explication constitue selon Bal une distorsion du récit qui sert d'excuse et d'explication au comportement des adultes de collectionner) :

 
  • plaisir
  • esthétique
  • compétition
  • risque
  • fantaisie
  • le sens de la communauté
  • prestige
  • domination
  • satisfaction sensuelle
  • prélude sexuelle
  • désir de restituer les objets
  • le rythme plaisant du semblable et du différent
  • désir de perfection
  • prolongation de soi-même
  • réaffirmation du corps
  • identité sexuelle
  • atteindre l'immortalité

104. Derrière toutes ces motivations Bal entrevoit un autre récit, une motivation plus profonde qui les relie toutes : le fétichisme. À partir de la page 105, Bal décrit ce qu'est le fétichisme (Freud, Marx, Slavoy Zizek).

FREUD

Le fétichisme est un attachement très fort, souvent érocticisé, à un objet unique ou une catégorie d'objets. Cet attachement s'explique par la vision d'un manque chez la mère (absence du pénis). L'enfant dénie cette absence dans un second acte de symbolisation. Par la superposition de fictions, la fixation de ce déni résulte en un déplacement du pénis absent sur une autre partie du corps, qui devra être éroticisé par l'enfant plus vieux pour devenir fétichiste. Cela constitue le troisième acte de symbolisation. Cet autre élément du corps (l'objet qui devra devenir le paradigme de l'objectivité) est sujet à une stratégie rhétorique complexe :

  • synecdote : partie qui représente le tout (voile pour voilier)
  • métonymie : une chose prend la place d'une autre - lieu, temps ou logique (fumée pour feu)
  • métaphore : une chose en remplace une autre par similitude (rose représentant l'amour)

À la page 107, Bal écrit que cette machine rhétorique effectue plusieurs liquidations du sujet féminin. Ces suppressions multiples nous donnent un aperçu selon Bal de la violence inhérente à cette histoire. Et c'est cette violence intrinsèque (faite aux femmes) qui lie les concepts freudien et marxiste du fétichisme selon l'auteur. Bal se réfère à un autre auteur pour démontrer cela : W.J.T. Mitchell : Inconology, Language, Text Ideology. Mitchell compare les termes idéologie, marchandises et fétiche et met en lumière un certaine nombre de tensions "fascinantes" entre ces termes. Fétiche est le terme utilisé par Marx pour décrire les marchandises. L'aspect fétiche des marchandises est une sorte de catachrèse, de "violent yoking" des valeurs humaines. La violence dans les conceptions de ce qui est fétiche chez Freud et chez Marx apparaît au grand jour par une analyse rhétorique et consiste à de multiples degrés de détachements. Bal insiste sur l'aspect visuel de cet événement (c'est par la vue que, chez Freud, l'enfant réalise l'absence du pénis chez sa mère. Chez Marx, je ne vois pas trop où se situe l'aspect visuel : la vue de l'objet suscite sa convoitise?).

109. Bal emprunte chez Marx et chez Freud une partie de leur conception du fétichisme afin de lui rendre sa pleine ambiguïté en tant qu'hybride...

À la fin de cet essai, Bal revient au collectionneur : un sujet fétichiste dont son identité sexuelle (gender) et historique dépend fortement du fait de posséder certains objets qui prend apparemment toutes les dispositions nécessaires pour les acquérir.

Tout le détour par la narratologie me semble superflu dans ce texte. Je pense que l'auteur aurait pu résumer en une seule phrase les huit premières pages de son essai : "Derrière les motivations qui poussent les gens à collectionner perçues par certains auteurs tel que Susan Pearce se cachent une motivation plus profonde : le fétichisme..."

 

6. Licensed Curiosity : Cook's Pacific Voyages
NICHOLAS THOMAS

116. L'auteur écrit qu'il tente dans cet essai de caractériser l'acte de collectionner non pas comme un processus envahit par le désir mais plutôt d'explorer sa construction dans ces termes ??? (traduction presque littérale : pas clair...)

La période dont il est question ici est celle de l'époque des voyages du capitaine James Cook dans le Pacifique au cours desquels il a rapporté des curiosités "artificielles" (faites de main d'homme).

Thomas émet une première hypothèse : on a parfois prétendu que c'est la science qui justifiait l'expansion impériale. L'auteur pense que c'est plutôt l'impérialisme qui légitimisait la science.

Le point de départ de son essai, écrit l'auteur à la page 118, est basé sur une interrogation à propos des gravures représentant des artefacts ramenés par Cook : pourquoi dans les récits de voyages officiels de Cook les artefacts ethnographiques (masques, massues, lances, objets décoratifs et coiffes) sont-ils représentés dans des gravures où chaque pièce est montrée hors de son contexte? On retrouve ce type d'images décontextualisées dans l'Encyclopédie Diderot et auparavant dans des descriptions des reliques classiques et des manuels de botanique. L'auteur écrit ne pas s'intéresser à l'origine ou à l'histoire de ce type de représentations mais à la question de savoir si de telles images étaient appropriées pour des récits de voyages.

121. Thomas affirme que ce type d'images évacuent le lien qui unit les objets aux humains ainsi que leur fonction. Cette façon de représenter les artefacts hors de leur contexte les rend également plus curieux et plus fantastique : celui qui regarde les gravures n'a aucun indice quant à la fonction de l'objet et sa taille.

Thomas s'interroge sur la signification d'une telle façon de représenter les artefacts : ne serait-ce pas une façon de montrer notre propre vision et notre propre intérêt dans ces objets?

À partir de la page 122 jusqu'à 130 environ, l'auteur propose des définitions et des significations de la curiosité au XVIIIe siècle. Parmi celles-ci, il y a l'aspect mercantile des curiosités rapportées par l'équipage de Cook. Je dois avouer ne pas trop comprendre le but de l'auteur ici de tenter d'attribuer une valeur à la curiosité au XVIIIe siècle : exemple : féminine, superficielle, enfantine, etc.

Aux pages 128-129, Thomas donne des exemples de l'attitude des explorateurs vis-à vis les autochtones : entre autres, celle de Joseph Banks, botaniste, qui avait la réputation de s'intéresser aux plantes par prétexte pour assouvir sa plus grande passion pour les femmes exotiques = la science comme prétexte à la fornication pour reprendre les mots de l'auteur.

130. Les artefacts sont dessinés de la même façon (décontextualisés, déshumanisés) que les explorateurs considèrent les indigènes : exemple : Joseph Banks. Tel semble être l'argument de Thomas.

À mon avis, l'auteur aurait dû approfondir certaines questions sur le sujet avant de sauter trop vite à des conclusions. Exemple : y avait-il des dessinateurs accompagnant Cook qui auraient eu la possibilité de représenter les artefacts sur place ou bien étaients-ils dessinés une fois rapportés en Angleterre hors de leur contexte? Peut-être aussi qu'approfondir l'histoire et les origines de ce type de gravures "décontextualisées" (scientifiques, histoire naturelle) aurait permis de nous éclairer sur leur sens. Quelle est la tradition dans ce domaine? On sait que ce n'est que lentement à partir du 18e siècle que les artistes se sont mis à peindre d'après le motif et qu'auparavant ils se servaient de modèles, de schémas pour représenter quelque chose. Par exemple, lorsque Dürer composa sa célèbre gravure sur bois représentant un rhinocéros, il dut faire appel à des témoignages indirects et un effort d'imagination pour la compléter. On a pu cependant prouver que cette créature, pour une bonne part inventée, a, jusqu'au XVIIe siècle, servie de modèle pour tous les dessins de rhinocéros, même dans des livres d'histoire naturelle. (Gombrich, L'art et l'illusion, p. 111.).

  Un autre extrait:


10. Death and Life, in that Order,
in the works of Charles Willson Peale
SUSAN STEWART

204. Voici ce que l'auteur propose de faire dans cet essai (j'ai tenté de traduire ce court extrait le plus littéralement possible) :

"Dans cet essai, je veux explorer les correlations entre l'étalage (display), la vie arrêtée, l'attribution ou l'effacement (erasure) d'une cause ou d'un contexte et la connaissance absolue ou totale - l'idée de complétion qui est la clé de la collection et du souvenir (recollection) -."

À la page 205, l'auteur écrit s'intéresser aussi au rapport entre la collection et le portrait en tant que mécanisme pour se souvenir (recollection) - les gestes ou témoignages d'expression (du visage) (countenance) conçus pour demeure dans l'oubli.

Pour aborder ces questions, l'auteur se concentre sur un cas particulier : les peintures et la collection de Charles Wilson Peale, un Américain né dans le Maryland en 1741. Il exerça plusieurs métiers : réparateur de cloches, de montres et de selles, sculpteur, peintre de miniatures et de portraits, soldat révolutionnaire, propagandiste et fonctionnaire civil, graveur mezzo-tinto, gardien de musée, zoologiste, botaniste et inventeur de mécanismes divers dont un bain à vapeur portatif, une chaise ventilateur, un vélocipède, un "physignotrace" pour créer des silhouettes, un polygraphe pour effectuer plusieurs copies d'un document, un moulin à vent, une cuisinière, un pont et des fausses dents. Après avoir étudié la peinture pendant deux ans (1767-1768) à Londres avec Benjamin West, il s'installa à Philadelphie avec sa famille. C'est à ce moment, au plus fort de la Révolution, qu'il servit en tant que soldat et qu'il créa des bannières et des affiches propagandistes. Peale possédait une galerie pour exposer ses oeuvres qui devint selon l'auteur le premier musée américain sur l'histoire culturelle et naturelle.

207. En 1794, ses collections étaient si énormes que son musée dû être déplacé au Philadelphia's Philosophical Hall. Les activités de Peale en tant que collectionneur et peintre servaient les intérêts de la société américaine d'après-guerre : ses portraits évoquaient les héros et les chefs de guerre et ses collections d'objets culturels et naturels procuraient en miniature un résumé du nouveau monde dans lequel les événements historiques récents étaient liés au grand contexte de la nature qui fournissait des preuves d'une providence naturelle qui légitimait ces événements.

L'auteur écrit qu'il y a également d'autres lectures possibles de la collection de Peale, en particulier une interprétation liée à la psychologie de Peale lui-même ainsi qu'au climat religieux et intellectuel de son époque. Un indice fait croire à l'auteur que Peale était déiste : il ne donna pas à ses enfants de noms de famille ni non plus de prénoms bibliques mais plutôt des prénoms tirés de son dictionnaire des peintres par Matthew Pilkinton. À l'instar de Washington, Jefferson et Franklin, Peale était attiré par le déisme britannique [déisme : position philosophique de ceux qui admettent l'existence d'une divinité sans accepter de religion révélée ni de dogme - Robert II].

208. Héritier de la physique newtonnienne, les tenants du déisme considérait le monde extérieur comme matériel et composé d'objets parfois en mouvement, parfois au repos. Le repos est leur état naturel et lorsque les objets sont en mouvement, c'est parce qu'une force active les y contraint. La possibilité de s'auto-mouvoir ne se retrouve que chez l'homme. Ce mouvement est initié par la volonté. Si le mouvement provient de la volonté, alors le mouvement étudié par les scientifiques doit aussi trouver son origine dans la volonté et éventuellement on finit par atteindre la cause première du mouvement : la volonté de Dieu.

La question de la vie après la mort suscitait des conflits parmi les déistes. Au cours du XVIIIe siècle, certains prétendaient que ce monde n'était que le seul monde existant alors que d'autres croyaient en une vie après la mort (où la vertu morale serait récompensée). Les déistes ne croyaient ni aux miracles, ni aux révélations divines ni non plus à aucune forme d'interposition rédemptrice de Dieu dans l'histoire.

J'ai l'impression que l'auteur ne dit pas grand chose dans ce texte. Elle décrit les pertes humaines (les enfants) de Peale au cours de sa vie et les tableaux qu'il fit en rapport direct ou non à ces événements. Elle conclut ainsi : "Peale se percevait fréquemment comme un peintre de la mémoire (memorialist), ce qui signigie qu'il peignait les morts dans le but de préserver leur souvenir pour le futur. De même que la théorie du deuil de Freud découle des conséquences traumatiques de la guerre, le musée de Peale se développe comme un antidote aux conséquences de la guerre. C'est aussi un moyen de contrer le désordre et la disparition de la connaissance.

 


FREUD lui aussi était fétichiste ? Alors pour nous c'est moins grave. Ouf !

En fait ce n'est pas anormal le fétichisme, mais jusqu'à un certain point...

Tout est question de mesure ou de dosage...

Entre le normal, le psychologique, le psycho-pathologique et le psychiatrique il ne s'agit que d'une question d'intensité du symptôme et de la possibilité de l'individu de vivre ou non dans son milieu naturel avec un minimum de troubles.

Être collectionneur de radios anciennes c'est peut-être normal, mais par exemple dormir avec toute sa collection, et tuer son épouse qui s'y oppose peut l'être beaucoup moins... Simple question de limites.

 

11. Freud and collecting
JOHN FORRESTER

224. L'auteur traite dans ce texte de la collection d'antiquités de Freud ainsi que de sa collection de rêves, de calembours juifs et de cas de ses patients. Forrester décrit tout d'abord sommairement les oeuvres du cabinet de Freud et émet l'idée que ces objets représentant la décadence de cultures anciennes sont le reflet d'objets anciens qui se trouvent à l'intérieur de nous (inconscient).

À la page 226, Forrester écrit que Freud a toujours fait preuve du désir d'être un archéologue de l'esprit : "être un étudiant perpétuel de la préhistoire". La préhistoire était le concept favori de Freud pour décrire ce qui est oublié, le passé infantile de ses patients. Un des premiers modèles de Freud pour décrire l'esprit humain était imprégné de sont intérêt pour la préhistoire : Freud écrivait qu'il travaillait sur l'hypothèse que notre mécanisme psychique s'élabore selon un processus de stratifications, de couches successives (1896).

227. C'est à peu près à la même époque qu'il commença à collectionner les antiquités. À sa mort en 1939, il possédait plus de 3000 pièces incluant des centaines de bagues, de scarabées (pierres) et de statuettes. Il gardait ses œuvres dans les deux pièces où il travaillait. Ses œuvres étaient séparées des autres pièces familiales qui étaient décorées dans un style ordinaire du tournant du siècle selon Forrester. Cette séparation prouve, selon l'auteur, que sa collection était reliée à son travail d'écrivain et d'analyste.

Il débuta sa collection dans les années 1890 et dès le début la plupart des objets étaient des sculptures. Après avoir collectionner tout d'abord des copies des grands-maîtres de la Renaissance, il amassa rapidement des œuvres qui formeront le thème principal de sa collection : des œuvres non-fragmentaires de la Rome ancienne, de la Grèce et de l'Égypte.

Dans les années 1920, Freud élargit son champ d'intérêt aux œuvres chinoises. L'Anschluß de 1938 le força, lui et sa famille, à quitter Vienne pour Londres. Il craignait que sa collection fut confisquée mais il n'en fut rien. Détail intéressant, il emporta avec lui l'entièreté de sa collection d'oeuvres mais vendit une grande part de ses livres. Ses collection furent placées dans deux pièces : son cabinet d'étude et sa pièce pour les consultations.

À la page 228, Forrester cite Bettelheim à propos de la collection de Freud : il écrivait que la séparation des oeuvres du reste des pièces familiales forment une preuve que sa collection constituait une partie de son intérêt pour la psychanalyse. Selon l'auteur, le contraste entre le pièces familiales bourgeoises et l'espace professionnel de Freud avec ses statuettes était considérable. Il pense aussi que l'intérêt de Freud pour ses oeuvres était plus historique qu'esthétique. Ce n'était pas une collection publique mais plutôt une collection amassée pour son plaisir personnel. Ce n'était pas non plus une collection systématique. Elle a été acquise lentement et de façon constante pendant 40 ans. Chacune des oeuvres acquises l'était en premier lieu pour ses vertus particulières plutôt que pour prendre place dans un ordre pré-établi.

229. Sa fille Anna transforma la collection vivante de Freud en un musée statique (mort) en préservant les pièces de travail de son père intactes. Elle continua à occuper le reste de la maison et ouvrait à l'occasion les pièces de travail de Freud pour des séminaires. À sa mort en 1982, le collection de Freud devint un musée fonctionnel, un espace public avec ses heures d'ouverture et son personnel de fonctionnement.

230. Freud n'éprouvait pas de difficulté à désacraliser les oeuvres de sa collection : il pouvait facilement les donner, les échanger. Il s'agit selon l'auteur d'un trait de la personnalité de Freud : sa générosité.

Selon Forrester, l'événement déclencheur de l'activité de collectionneur de Freud fut la mort de son père en octobre 1896. La majorité des historiens s'entendent pour dire (ainsi que Freud lui-même) que la mort de son père constitua une plaque tournante dans sa vie et son œuvre. Cela le précipita dans une crise neurasthénique de remise en question qui l'obligea à entreprendre sa propre analyse. L'interprétation des rêves, oeuvre majeure de Freud, fut selon Forrester le résultat de cette période.

À la page 232, l'auteur se demande en quoi la collection de Freud constitue une réponse à la mort de son père. Freud lui-même aurait fournit une réponse à cela : lorsqu'une vieille servante garde un chien ou qu'un vieux garçon collectionne des boîtes à tabac la première y trouve un substitut à son besoin d'un compagnon pour le mariage et le second comble son besoin d'avoir une multitude de conquêtes.

233-234. Selon Forrester, la collection de Freud constitue à la fois une substitution aux conquêtes de Freud et un acte d'hommage à son père décédé qu'il tenta d'idéaliser. Cette substitution ne se fait pas selon l'auteur uniquement à travers ses antiquités mais aussi à travers les histoires de cas de femmes (qui constituent la collection scientifique légitime de Freud en opposition à la mégalomanie sexuelle de son père).

235. L'auteur poursuit en proposant que Freud ne collectionnait pas seulement que les antiquités mais aussi les histoires de cas de ses patients, les rêves (collection commencée en 1895) notés et analysés, les anecdotes juives (collection commencée en 1897) ainsi que les troubles moteurs et des sens : les lapsus, les noms mal appropriés, les coquilles (fautes d'impression typographique), bref, tous les égarements qui débutent par le préfixe "ver" en allemand (il publia son premier recueil de ce qu'on nomme en Anglais les parapraxis - les actes manqués - en 1898).

La fin des années 1890 fut la période la plus fructueuse de Freud pour le développement de ses théories psychanalytiques et aussi la période où il s'isola le plus (une des seules relations qu'il entretenu fut avec Wilhelm Fliess). Selon l'auteur, l'isolation de Freud suivie par un retour à une période de socialisation sous une nouvelle forme pourrait être à la base de sa théorie sur le narcissisme et en particulier à son application dans le processus sous-jacent de paranoïa : " le processus de refoulement comme tel consiste en un détachement de la libido reliée aux gens et aux choses qui étaient auparavant aimées ". Ce qui suscite l'attention de Forrester c'est le processus de récupération qui défait le travail du refoulement et ravive la libido envers les gens qui avaient été abandonnés.

236. Forrester fait un lien entre ce processus de récupération et le collectionneur qui redécouvre son narcissisme à travers le charme des objets. Il cite à ce sujet Baudrillard qui voit dans la collection le parfait animal domestique.

À la page 237, Forrester met en lumière deux aspects de la collection d'antiquités de Freud qui la distingue de ses collections de rêves et de blagues :
1) les antiquités sont des objets matériels alors que les rêves et les blagues ne sont que des phénomènes verbals et mentals.
2) les antiquités sont respectées culturellement ; pas les rêves ni les blagues et ni les lapsus.

238. Finalement, Freud était un collectionneur de déchets avant la lettre (de pets, de grimaces).

À la page 239, Forrester mentionne le texte intéressant de Carlo Ginzburg dans lequel il fait un parallèle entre Freud, Sherlock Holmes et l'historien d'art Morelli.

241. Selon l'auteur, les recherches de Freud ont transformé des objets négligés et méprisés en choses précieuses.

À la page 248, Forrester mentionne qu'aucun Juif ne peut amasser une collection d'objets matériels sans être conscient qu'il s'agit d'une profanation. Forrester pense que la collection de mots d'esprit juifs de Freud (commencée en 1897) constituait une contrepartie délibérée à sa collection païenne d'antiquités.

 

Gilles Thibault
Montréal, octobre 2000

 

Je rappelle le lien de cette page: http://pages.infinit.net/cabinet/elsner.html


 Merci Gilles THIBAULT.


FIN- End.